Chaque exemple ci-dessous comporte trois parties : le texte original, une glose littérale décrivant le rôle de chaque mot, et une traduction naturelle. Les gloses utilisent quelques étiquettes abrégées pour rester concises. Pas besoin de les mémoriser: c'est une référence à laquelle vous pouvez revenir.
Personne et nombre · 1sg / 2sg / 3sg: première / deuxième / troisième personne du singulier (je, tu, il/elle) · 1pl / 2pl / 3pl: première / deuxième / troisième personne du pluriel (nous, vous, ils/elles)
Genre et cas · m / f / n: masculin / féminin / neutre · sg / pl: singulier / pluriel · m.sg: combiné : masculin singulier (et de même f.pl, n.sg, etc.) · NOM / ACC / GEN / DAT / INS / LOC: cas grammaticaux (nominatif/accusatif/génitif/datif/instrumental/locatif): le rôle joué par le mot dans la phrase
Temps et aspect · PRES: présent · PRET: prétérit (événement passé achevé) · IMPF: imparfait (situation passée continue ou habituelle) · FUT: futur · PERF: parfait (action achevée avec pertinence au présent) · PROG: progressif (action en cours, p. ex. suis en train de manger) · COND: conditionnel (je ferais…)
Mode · IND: indicatif (affirmation ordinaire) · SUBJ: subjonctif (incertitude, souhaits, doutes) · IMP: impératif (ordres) · INF: infinitif (forme du dictionnaire : aller, manger)
Autres · REFL: réfléchi (action sur soi-même : moi-même, toi-même) · PERS: a personnel (espagnol uniquement: marque un complément d'objet direct humain) · HON: honorifique (forme extra-polie, courante en japonais/coréen) · TOP / SUB / OBJ: marques de thème / sujet / objet (japonais, coréen) · CL: classificateur (chinois, japonais, coréen: un mot compteur pour les noms) · NEG: négation
Le turc est une langue de type Sujet-Objet-Verbe (SOV). Le verbe arrive presque toujours à la fin de la phrase, et tout le reste (sujet, objet, adverbes, expressions de lieu) le précède. Les modificateurs viennent avant les mots qu'ils modifient : les adjectifs avant les noms, les possesseurs avant les possédés. Comme la terminaison verbale encode déjà la personne et le nombre du sujet, le pronom sujet est généralement omis, sauf si le locuteur veut le mettre en relief ou marquer un contraste. L'ordre interne de la phrase est assez flexible à des fins d'emphase: ce que l'on place juste avant le verbe a tendance à recevoir le focus: mais le verbe lui-même reste en fin de phrase dans les énoncés neutres.
Le turc construit ses mots en empilant des suffixes sur une racine dans un ordre strict et prévisible. Un seul mot peut porter des informations qu'il faut exprimer en français par toute une phrase : nombre, possession, cas, temps, personne, négation, interrogation, et plus encore. Chaque suffixe a une fonction unique et s'ajoute à une position fixe ; une fois l'ordre connu, on peut analyser des mots très longs. Pour les noms, l'ordre est grossièrement : racine + pluriel + possessif + cas. Pour les verbes : racine + (négation) + temps/aspect + personne + (question). Comme les suffixes s'attachent de manière si nette, apprendre le turc consiste en grande partie à apprendre quel suffixe ajouter et dans quel ordre.
L'harmonie vocalique est la règle phonologique la plus importante du turc : les voyelles des suffixes changent pour s'accorder avec celles de la racine. Il y a deux axes. (1) Antérieur/postérieur : les voyelles antérieures (e, i, ö, ü) prennent des voyelles de suffixe antérieures ; les voyelles postérieures (a, ı, o, u) prennent des voyelles postérieures. (2) Arrondi/non arrondi : s'applique aux suffixes à voyelle haute (le I à quatre formes, écrit ı/i/u/ü), qui copient à la fois la qualité antérieur/postérieur et arrondi/non arrondi de la dernière voyelle de la racine. Les suffixes à voyelle basse (le A à deux formes, écrit a/e) ne suivent que l'axe antérieur/postérieur. Une fois ces schémas intériorisés, la plupart des choix de suffixe deviennent automatiques.
Le turc n'a pas de genre grammatical : les noms, pronoms et adjectifs sont identiques qu'ils se réfèrent à un homme, à une femme ou à une chose. Le pronom de la troisième personne «o» couvre il, elle et ça. Il n'existe pas non plus d'équivalent à l'article défini «le/la/les». La définitude s'exprime autrement : par le suffixe d'accusatif sur un complément d'objet direct (qui le marque comme spécifique), par les suffixes possessifs, par les démonstratifs (bu «ceci», şu «cela», o «ce... là»), ou simplement par le contexte. Un nom nu peut signifier «un livre», «le livre» ou simplement «livre» en général, selon la phrase qui l'entoure.
Le mot «bir» signifie littéralement «un» et fonctionne aussi comme l'article indéfini «un/une». Placez-le directement avant le nom (après un éventuel adjectif) : «bir kitap» (un livre), «güzel bir kitap» (un beau livre). On utilise «bir» pour introduire quelque chose de nouveau ou de non spécifique. Il est souvent omis lorsque le nom est général ou au pluriel, et il ne s'emploie pas avec les noms propres ni avec les noms qui portent déjà un suffixe possessif. Pour insister sur le sens numérique «un», on accentue «bir» ou on le place après l'adjectif : «bir tane» (un seul, exactement un). Sans «bir», un nom singulier nu désigne généralement la catégorie en général.
Les pronoms personnels sont : ben (je), sen (tu, singulier informel), o (il/elle), biz (nous), siz (vous, pluriel ou singulier de politesse), onlar (ils/elles). Comme tout verbe conjugué se termine par un suffixe de personne, les pronoms sujets sont en général omis dans la parole neutre et ne sont ajoutés que pour l'emphase, le contraste ou la clarté. Les pronoms se déclinent selon le même système de cas que les noms, avec quelques formes irrégulières au génitif et à l'accusatif : benim (mon, de moi), beni (moi), bana (à moi), bende (chez moi), benden (de moi) ; senin, seni, sana ; onun, onu, ona. «Siz» sert aussi de «vous» de politesse au singulier, comme le «vous» français.
Les noms turcs prennent des suffixes de cas qui indiquent leur rôle dans la phrase. Les six cas principaux sont : Nominatif (sans suffixe, pour les sujets et les objets indéfinis) ; Accusatif -ı/-i/-u/-ü, qui marque les objets directs spécifiques ou définis ; Datif -a/-e, signifiant «à» ou «vers» ; Locatif -da/-de (ou -ta/-te après une consonne sourde), signifiant «dans/à/sur» ; Ablatif -dan/-den (ou -tan/-ten), signifiant «depuis» ; et Génitif -ın/-in/-un/-ün, marquant le possesseur. Tous ces suffixes obéissent à l'harmonie vocalique, donc la forme choisie dépend de la dernière voyelle du nom. Un -n- de liaison apparaît avant les suffixes de cas sur les noms possédés (evi-n-de = dans sa maison).
Chaque verbe turc se construit ainsi : racine + (négation) + suffixe de temps/aspect + terminaison personnelle. La forme du dictionnaire se termine en -mek ou -mak (gelmek «venir», almak «prendre») ; on enlève -mek/-mak pour obtenir la racine. Le temps et l'aspect sont exprimés par des suffixes spécifiques (-iyor, -ir/-er, -di, -miş, -ecek, etc.), et un jeu distinct de terminaisons personnelles (différent selon le temps) indique qui est le sujet. Comme le temps et la personne sont encodés dans le verbe, une phrase d'un seul mot comme «geliyorum» signifie déjà «je viens». La négation s'insère entre la racine et le suffixe de temps ; les particules interrogatives et autres s'attachent plus loin.
Le suffixe -iyor exprime une action qui se déroule en ce moment ou qui a lieu de façon générale ces temps-ci. Malgré les quatre voyelles hautes écrites -ı/-i/-u/-ü dans la forme -Iyor, la partie -yor elle-même ne s'harmonise pas: seule la voyelle de liaison qui la précède le fait. Le schéma complet est : racine verbale (suppression de la voyelle finale s'il y en a une) + voyelle de liaison choisie selon l'harmonie + -yor + terminaison personnelle. Les terminaisons de personne à ce temps sont : -um, -sun,: (zéro), -uz, -sunuz, -lar. D'où «gel-iyor-um» (je viens), «yap-ıyor-sun» (tu fais), «oku-yor» (il/elle lit). C'est le temps présent de base, également utilisé pour des projets de futur proche.
Le suffixe d'aoriste (-ir/-ır/-ur/-ür ou -er/-ar, avec plusieurs formes dépendant de la racine) exprime des habitudes, des vérités générales, des comportements prévisibles, la volonté et les offres polies: pas les actions en cours. Grosso modo : la plupart des racines polysyllabiques prennent la famille -ir ; beaucoup de racines monosyllabiques prennent -er/-ar ; un petit ensemble est irrégulier. Les terminaisons de personne sont les mêmes que celles de la copule : -im, -sin, -, -iz, -siniz, -ler. L'aoriste négatif utilise -mez/-maz à la place. À comparer avec le continu -iyor, qui décrit une action en cours. «Çay içerim» = je bois du thé (en général) ; «Çay içiyorum» = je suis en train de boire du thé (maintenant). L'aoriste est aussi fréquent dans les proverbes, les demandes polies et les offres.
Le turc possède deux principaux temps du passé. Le passé défini -di/-dı/-du/-dü (ou -ti/-tı/-tu/-tü après une consonne sourde) décrit des événements dont le locuteur a été témoin ou qu'il connaît avec certitude : «geldim» (je suis venu(e)), «yaptın» (tu as fait). Terminaisons de personne : -m, -n, -, -k, -niz, -ler. Le passé rapporté ou évidentiel -miş/-mış/-muş/-müş décrit des événements dont le locuteur n'a pas été témoin direct: ouï-dire, inférence, surprise, rêves, récits : «gelmiş» (il est venu, paraît-il / on m'a dit qu'il était venu). Mêmes terminaisons de personne que l'aoriste (-im, -sin…). Le choix entre -di et -miş est une distinction évidentielle significative que le français exprime généralement avec des mots comme «apparemment» ou «il paraît que».
Le futur utilise -ecek (après les racines à voyelle antérieure) ou -acak (après les racines à voyelle postérieure), suivi des terminaisons personnelles de type copule. Le -k final de -ecek/-acak s'adoucit en -ğ- devant une voyelle, d'où «geleceğim» (je viendrai), «alacağım» (je prendrai). Paradigme complet avec «gel-» : geleceğim, geleceksin, gelecek, geleceğiz, geleceksiniz, gelecekler. La négation se place entre la racine et -ecek : «gel-me-yeceğim» (je ne viendrai pas). On utilise le futur pour les projets, les promesses et les prédictions. Pour les actions très proches ou déjà planifiées, le turc préfère souvent le présent continu («yarın geliyorum» = je viens demain), un peu comme en français.
Les verbes sont niés par l'infixe -me-/-ma- inséré entre la racine et le suffixe de temps : gel-iyor-um (je viens) → gel-mi-yor-um (je ne viens pas), où -me- est abrégé devant -iyor. Exemples : yap-ma-dı-m (je n'ai pas fait), gel-me-yeceğim (je ne viendrai pas), iç-mez (il ne boit pas, l'aoriste négatif est irrégulier : -mez/-maz). Pour les noms, les adjectifs et l'équivalent de «être», le turc utilise le mot séparé «değil» (ne... pas), qui prend les terminaisons de la copule : «öğrenci değilim» (je ne suis pas étudiant), «güzel değil» (ce n'est pas beau). «Yok» signifie «il n'y a pas / cela n'existe pas», la négation de «var» (il y a).
Les questions de type oui/non utilisent la particule non accentuée mı/mi/mu/mü, écrite comme un mot séparé mais harmonisée avec le mot précédent. Elle se place habituellement juste après l'élément interrogé et porte la terminaison de personne dans les questions verbales : «Geliyor musun ?» (Est-ce que tu viens ?), «Türk müsün ?» (Es-tu turc ?). Au passé, la particule suit tout le verbe : «Geldin mi ?» (Es-tu venu ?). Les questions en «wh-» utilisent des mots interrogatifs placés là où serait la réponse, sans changer l'ordre des mots : kim (qui), ne (quoi), nerede (où), ne zaman (quand), niçin/neden (pourquoi), nasıl (comment), kaç (combien), hangi (lequel). L'intonation monte légèrement, mais aucune particule supplémentaire n'est requise avec les mots interrogatifs.
Le suffixe du pluriel est -lar (après les voyelles postérieures : a, ı, o, u) ou -ler (après les voyelles antérieures : e, i, ö, ü), obéissant lui aussi à l'harmonie vocalique. Il s'attache directement à la racine du nom, avant les suffixes possessifs et de cas : ev-ler-im-de (dans mes maisons), kitap-lar-ı (ses livres / les livres, accusatif). Important : le turc N'utilise PAS le pluriel après un nombre ou un quantificateur : «iki kitap» (deux livres), «çok ev» (beaucoup de maisons), et non «iki kitaplar». Le pluriel est utilisé lorsque le nom est employé seul et désigne plusieurs éléments spécifiques, ou pour des catégories générales de personnes. Avec un sujet pluriel, le verbe peut aussi prendre -lar, mais cela est souvent omis lorsque le sujet est inanimé.
Le turc n'emploie pas de mots possessifs séparés comme «mon» ou «ton» devant le nom: la possession est intégrée au nom lui-même grâce à un suffixe. Les terminaisons sont : -(i)m (mon), -(i)n (ton sg), -(s)i (son/sa), -(i)miz (notre), -(i)niz (votre pl), -leri (leur). La voyelle initiale facultative apparaît lorsque le nom se termine par une consonne ; le -s- facultatif apparaît lorsque le nom se termine par une voyelle et que le suffixe est de 3e personne. Toutes les formes s'harmonisent. Une construction possessive complète marque aussi le possesseur au génitif : «benim ev-im» (ma maison), «Ali-nin ev-i» (la maison d'Ali). Le mot possesseur est souvent omis parce que le suffixe indique déjà à qui appartient l'objet.
Puisque le turc est agglutinant, une fois que l'on connaît les six terminaisons personnelles pour chaque temps, tout verbe se conjugue de la même façon (en tenant compte de l'harmonie vocalique). Ci-dessous, le verbe gelmek «venir» (racine à voyelle antérieure) est présenté pour les temps principaux. Pour chaque temps, les terminaisons personnelles sont les mêmes quelle que soit la racine ; seules les voyelles de liaison changent. Après chaque tableau, la colonne variante par harmonie vocalique montre la forme correspondante avec la racine à voyelle postérieure almak «prendre».
Présent continu (-Iyor)
| Personne | gelmek (antérieure) | almak (postérieure) |
|---|---|---|
| 1sg ben | geliyorum | alıyorum |
| 2sg sen | geliyorsun | alıyorsun |
| 3sg o | geliyor | alıyor |
| 1pl biz | geliyoruz | alıyoruz |
| 2pl siz | geliyorsunuz | alıyorsunuz |
| 3pl onlar | geliyorlar | alıyorlar |
Remarque : la partie -yor ne s'harmonise jamais ; c'est la voyelle de liaison (i/ı/u/ü) qui le fait. Les terminaisons personnelles sont -um/-sun/-(zéro)/-uz/-sunuz/-lar, fixes pour ce temps.
Aoriste / présent simple (-Ir / -Er)
| Personne | gelmek (antérieure, irrégulier -ir) | almak (postérieure) | yapmak (postérieure, -ar) |
|---|---|---|---|
| 1sg | gelirim | alırım | yaparım |
| 2sg | gelirsin | alırsın | yaparsın |
| 3sg | gelir | alır | yapar |
| 1pl | geliriz | alırız | yaparız |
| 2pl | gelirsiniz | alırsınız | yaparsınız |
| 3pl | gelirler | alırlar | yaparlar |
Remarque : de nombreuses racines monosyllabiques prennent -ir/-ır/-ur/-ür (gelir, alır, bilir, durur) ; d'autres prennent -er/-ar (yapar, gider, eder). Les terminaisons personnelles sont -im/-sin/-(zéro)/-iz/-siniz/-ler avec harmonie complète à quatre voies.
Passé défini (-DI, direct)
| Personne | gelmek | almak |
|---|---|---|
| 1sg | geldim | aldım |
| 2sg | geldin | aldın |
| 3sg | geldi | aldı |
| 1pl | geldik | aldık |
| 2pl | geldiniz | aldınız |
| 3pl | geldiler | aldılar |
Remarque : le suffixe prend la forme -di/-dı/-du/-dü après consonnes sonores et -ti/-tı/-tu/-tü après consonnes sourdes (gitti «il est parti», yaptı «il a fait»). Terminaisons personnelles : -m/-n/-(zéro)/-k/-niz/-ler.
Passé évidentiel (-mIş, ouï-dire / inférence)
| Personne | gelmek | almak |
|---|---|---|
| 1sg | gelmişim | almışım |
| 2sg | gelmişsin | almışsın |
| 3sg | gelmiş | almış |
| 1pl | gelmişiz | almışız |
| 2pl | gelmişsiniz | almışsınız |
| 3pl | gelmişler | almışlar |
Remarque : mêmes terminaisons personnelles que l'aoriste (terminaisons de copule). Utiliser -mIş lorsque l'on n'a pas été témoin de l'événement, ou par inférence, ou par surprise.
Futur (-EcEk)
| Personne | gelmek | almak |
|---|---|---|
| 1sg | geleceğim | alacağım |
| 2sg | geleceksin | alacaksın |
| 3sg | gelecek | alacak |
| 1pl | geleceğiz | alacağız |
| 2pl | geleceksiniz | alacaksınız |
| 3pl | gelecekler | alacaklar |
Remarque : le -k final s'adoucit en -ğ- entre deux voyelles (geleceğim, et non *gelecekim). Le suffixe est -ecek après une racine à voyelle antérieure et -acak après une racine à voyelle postérieure.
Pour dire «vouloir faire X» en turc, on utilise l'infinitif nu du verbe principal (terminant en -mek ou -mak) suivi de la forme conjuguée de istemek «vouloir». L'infinitif ne change pas. Seul istemek est conjugué, normalement au présent continu («est en train de vouloir» = veut en ce moment) ou à l'aoriste («veut» comme préférence stable).
istemek au présent continu (le plus courant pour les désirs actuels)
| Personne | forme |
|---|---|
| 1sg ben | istiyorum |
| 2sg sen | istiyorsun |
| 3sg o | istiyor |
| 1pl biz | istiyoruz |
| 2pl siz | istiyorsunuz |
| 3pl onlar | istiyorlar |
Modèle complet : gitmek istiyorum (je veux aller), yemek yemek istiyorsun (tu veux manger), uyumak istiyor (il/elle veut dormir). L'infinitif vient en premier ; istemek vient en dernier, en tant que verbe principal de la phrase.
Négation : on nie istemek, pas l'infinitif : gitmek istemiyorum (je ne veux pas y aller). Pour «ne pas vouloir que X se produise», le turc emploie généralement une subordonnée au subjonctif, et non l'infinitif nu.
Pour un désir stable et caractéristique («je veux toujours…»), on utilise l'aoriste : isterim, istersin, ister, isteriz, istersiniz, isterler. Ainsi çay içmek isterim = «je veux (en général) boire du thé / je prendrais bien du thé». Pour demander poliment «est-ce que vous désirez…?», on utilise l'aoriste avec la particule interrogative : çay ister misiniz? (voulez-vous du thé ?).
Le turc n'a pas de construction séparée analogue à «aller + infinitif». Il y a deux façons d'exprimer un futur planifié :
1. Le suffixe de futur -EcEk (-ecek après les racines à voyelle antérieure, -acak après les racines à voyelle postérieure) est le futur général. Il couvre «will», «shall» et «going to» en anglais. On l'utilise pour les prédictions, les promesses et les plans clairement futurs. Les terminaisons personnelles sont les terminaisons de copule, et le -k s'adoucit en -ğ- devant une voyelle (geleceğim). 2. Le présent continu (-Iyor) pour le futur planifié est extrêmement courant lorsque le plan est déjà arrêté et relativement proche. «Yarın geliyorum» (je viens demain) semble plus concret et engagé que «yarın geleceğim» (je viendrai demain), à l'image du contraste anglais entre «I'm coming» et «I will come».
Futur de gelmek (venir)
| Personne | futur (-EcEk) | présent continu comme futur |
|---|---|---|
| 1sg | geleceğim | geliyorum (yarın) |
| 2sg | geleceksin | geliyorsun |
| 3sg | gelecek | geliyor |
| 1pl | geleceğiz | geliyoruz |
| 2pl | geleceksiniz | geliyorsunuz |
| 3pl | gelecekler | geliyorlar |
Variante par harmonie vocalique avec almak (prendre, voyelles postérieures) : alacağım, alacaksın, alacak, alacağız, alacaksınız, alacaklar.
La négation se place entre la racine et le suffixe de futur, avec un -y- de liaison : gel-me-yeceğim (je ne viendrai pas), al-ma-yacaksın (tu ne prendras pas). Les questions fermées utilisent mi placé après le radical de futur et avant la terminaison personnelle : gelecek misin? (viendras-tu ?), alacak mısınız? (le prendrez-vous ?).
Le «je voudrais» poli en turc repose sur le même modèle -mek istemek, mais istemek est conjugué selon l'une des deux formes polies suivantes.
1. isterdim (passé aoriste de istemek) : un «je voudrais» hypothétique, légèrement plus poli. Conjugaison : isterdim, isterdin, isterdi, isterdik, isterdiniz, isterdiler. Cette forme paraît hésitante et convient parfaitement pour des commandes au restaurant, des demandes et des vœux que l'on n'espère pas nécessairement voir exaucés. 2. istiyorum / istiyoruz avec adoucissement intonationnel et les mots lütfen (s'il vous plaît) ou rica ederim : le style de demande poli courant. «Bir çay istiyorum, lütfen» est tout à fait poli dans un café.
Pour une politesse maximale, notamment dans des lettres formelles ou avec des inconnus, on peut aussi utiliser arzu etmek «désirer» ou istirham etmek «solliciter», mais isterdim est l'équivalent standard et poli de l'anglais «I would like».
Conjugaison complète de isterdim
| Personne | forme | sens |
|---|---|---|
| 1sg | isterdim | je voudrais |
| 2sg | isterdin | tu voudrais |
| 3sg | isterdi | il/elle voudrait |
| 1pl | isterdik | nous voudrions |
| 2pl | isterdiniz | vous voudriez |
| 3pl | isterdiler | ils/elles voudraient |
À utiliser avec l'infinitif nu -mek devant : gitmek isterdim (je voudrais y aller), bilmek isterdik (nous voudrions savoir), bir kahve isterdim (je voudrais un café, sans verbe principal car le nom est directement l'objet de istemek).
La forme s'emploie aussi pour exprimer un regret : gelmek isterdim ama vaktim yoktu (j'aurais voulu venir, mais je n'avais pas le temps).
La capacité et la permission s'expriment avec le suffixe -ebil- (après les racines à voyelle antérieure) ou -abil- (après les racines à voyelle postérieure), inséré entre la racine verbale et les terminaisons de temps/personne. Le suffixe est suivi du temps souhaité (présent continu, aoriste, futur, passé). La forme infinitive combinée est -ebilmek / -abilmek («être capable de»).
gelmek (antérieur) à l'aoriste de capacité
| Personne | forme | sens |
|---|---|---|
| 1sg | gelebilirim | je peux venir |
| 2sg | gelebilirsin | tu peux venir |
| 3sg | gelebilir | il/elle peut venir |
| 1pl | gelebiliriz | nous pouvons venir |
| 2pl | gelebilirsiniz | vous pouvez venir |
| 3pl | gelebilirler | ils/elles peuvent venir |
Variante par harmonie vocalique avec almak (postérieur) : alabilirim, alabilirsin, alabilir, alabiliriz, alabilirsiniz, alabilirler.
L'incapacité «ne pas pouvoir» est irrégulière : elle utilise -eme-/-ama- (et non *-emebil-), et à l'aoriste devient -emez/-amaz. Ainsi gelemem (je ne peux pas venir), gelemezsin (tu ne peux pas venir, plus emphatique), alamam (je ne peux pas prendre). Au présent continu : gelemiyorum (je ne peux pas venir en ce moment).
On emploie l'aoriste gelebilirim pour la capacité ou la permission générale («je peux venir / j'ai le droit de venir / je pourrais venir»). Le présent continu gelebiliyorum indique une capacité actuelle («je suis en mesure de venir en ce moment»). Pour le passé, gelebildim (j'ai pu venir, et je l'ai fait) s'oppose à gelebilirdim (j'aurais pu venir, mais je ne l'ai pas nécessairement fait).
Ce même suffixe sert aussi pour les demandes polies et la possibilité : «Pencereyi açabilir misiniz?» (Pourriez-vous ouvrir la fenêtre ?), «Yağmur yağabilir» (Il pourrait pleuvoir).
Les impératifs turcs sont courts et directs. La forme dépend de la personne à qui l'on s'adresse :
| Destinataire | suffixe sur la racine | exemple (gelmek) | exemple (almak) |
|---|---|---|---|
| 2sg sen (informel) | racine nue | gel ! (viens !) | al ! (prends !) |
| 2pl siz (formel / pluriel) | -(y)In | gelin ! / geliniz ! | alın ! / alınız ! |
| 2pl très formel / écrit | -(y)InIz | geliniz ! | alınız ! |
| 3sg o (qu'il/elle…) | -sIn | gelsin (qu'il vienne) | alsın (qu'il prenne) |
| 3pl onlar (qu'ils…) | -sInler | gelsinler | alsınlar |
Il n'y a pas d'impératif à la 1re personne du singulier ou du pluriel ; pour «laisse-moi / allons», le turc utilise le suffixe optatif -(y)EyIm / -(y)ElIm (geleyim «laisse-moi venir», gidelim «allons»).
Les variantes par harmonie vocalique affectent tous les suffixes à voyelle I : les racines à voyelle antérieure prennent -in/-iniz/-sin/-sinler (gelin, gelsin) ; les racines à voyelle postérieure prennent -ın/-ınız/-sın/-sınlar (alın, alsın). Les racines à voyelle arrondie prennent -ün/-üniz/-sün/-sünler (görün) ou -un/-unuz/-sun/-sunlar (durun).
La négation utilise l'infixe ordinaire -me-/-ma- : gelme ! (ne viens pas !), almayın ! (ne prenez pas, pl/formel !), gitmesin (qu'il ne parte pas). Pour les demandes très polies, on préférera la forme interrogative à l'aoriste (gelir misiniz? = voudriez-vous venir ?) ou la forme de capacité (gelebilir misiniz? = pourriez-vous venir ?) plutôt que le simple impératif.
Le turc ne possède pas de verbe à part entière signifiant «être» au présent. À la place, le nom, l'adjectif ou la locution de lieu attribut prend simplement un petit jeu de terminaisons personnelles dites copulatives : -(y)im, -sin,: (zéro à la 3sg), -(y)iz, -siniz, -ler. Le -y- apparaît après une voyelle. Ainsi «öğrenciyim» (je suis étudiant(e)), «yorgunsun» (tu es fatigué(e)), «o doktor» (il/elle est médecin: pas de terminaison du tout à la 3sg). Pour «il y a / il existe», le turc utilise le mot autonome «var», et pour «il n'y a pas / cela n'existe pas» il utilise «yok». Au passé et au futur, on emploie les verbes idi/-ydi (était) et olacak (sera) ; l'absence de verbe est strictement une caractéristique du présent.